Sentiers 2014

« Sentiers de Curiosité 2014 » est un parcours ponctué d’interventions artistiques à ciel ouvert dans le Golfe du Morbihan. Cet évènement se déroulera à l’entrelacement de trois communes : Arradon, Séné et Vannes du 20 septembre au 20 octobre 2014. Situé entre terre et mer, le goulet de Conleau nous invite à percevoir ces lieux dans une unité spatiale tout en permettant le passage d’une rive à l’autre, d’une commune à une autre, en faisant fi des courants et des marées. Pendant quatre semaines, ce paysage exceptionnel sera le témoin privilégié du dialogue entre artistes et promeneurs.

conleau2 Séné Vannes Golfe du Morbihan

Le thème de la manifestation  de cette année, organisée par l’association L’ESTRAN, sera « SYMBIOSE ». Jacques Poullaouec, commissaire de cette édition des « Sentiers de curiosité » a écrit ce texte à propos de ce thème:

SYMBIOSE

Il arrive que l’œuvre d’Art quitte le musée et les galeries.

Il arrive que l’œuvre d’ Art abandonne le tableau, la toile, le papier

Il arrive que l’œuvre d’Art change de cadre et s’installe dans la nature, qui devient alors à la fois son cadre, son décor, mais surtout son sujet et sa matière. Ce changement de cadre est aussi un changement de mesure et de perspective. Il s’agit pour l’artiste d’arpenter le monde, de se mesurer à lui, non pas de l’affronter mais de se mettre à la mesure de la nature. Son ATELIER devient la RÉALITÉ, ces deux mots sont bien des anagrammes.

En naissant nous avons été mis au monde; c’est à nous d’aller vers lui. L’artiste, mais aussi le spectateur et d’une manière générale, le simple promeneur vont à la rencontre d’un ART IN SITU qui est un art de voir, de sentir, de toucher, de goûter, d’écouter la nature. Le monde est ouvert, on y vient sans son JE, on prépare le vide en soi pour s’emplir du réel. Il faut être poreux, être pour la libre circulation du souffle, des vents, être avec les lumières, les couleurs et les sons. Cette manière d’être au monde, de devenir paysage, est une nouvelle naissance, une co-naissance dans un atelier à ciel ouvert. Le LAND ART est l’enfance de l’Art et l’Art des enfants qui savent jouer dans et avec la nature. Un caillou, une feuille, l’eau, le ciel, un peu de vent et c’est le théâtre du monde qui s’anime. L’herbe réussit bien à sortir des murs; le moindre terrain vague devient une aire de jeux; les vents ne trompent pas; combien de pulsations dans les herbes échevelées?

L’Art prend la clé des champs pour ouvrir le champ des possibles et ré-enchanter le monde. On peut occuper les sols, sans avoir un plan d’occupation. C’est à l’homme de se laisser occuper par le lieu où il se trouve, de s’en imprégner, de se mettre in situ, c’est à dire en situation, en relation directe avec le site. L’Art traditionnel consiste à faire passer l’œil du spectateur d’un espace à un autre, le Land Art, lui, brouille les repères et fait du spectateur un acteur dans son espace. Dans ce musée à ciel ouvert, on peut se déplacer, modifier son angle de vision, jouer avec la lumière et accepter qu’une saute de vent perturbe cet espace. Il faut accepter l’éphémère, l’effacement du temps qui va peu à peu modifier l’œuvre présentée. Tout est définitivement provisoire et provisoirement définitif.

Échange, porosité, être avec, à la fois dans l’infime et l’infini. Il s’agit ici d’être en symbiose avec la nature. Trop longtemps l’ art traditionnel s’est isolé de la vie, car il a essayé de la capturer . Peu à peu l’art muséal s’est détaché du monde et n’a pas toujours réussi à attirer le public, mais aujourd’hui. certains artistes, veulent revenir à la source de tout art et adapter leur respiration et leurs gestes au rythme de la vie et des éléments.

Jacques Poullaouec.

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